RÉSUMÉ:

Présenté par

Toufic J. Rizk

Professeur à la faculté des sciences

Université Saint-Joseph

 

Colloque international

L’Enseignement des Sciences dans les Universités : état actuel et futurs défis

Beyrouth 5-6 Octobre 2004

La Commission Nationale Libanaise pour l’UNESCO

 

 

Consciente du développement rapide de la technologie et de la science dans les différents secteurs, et ses implications pluridisciplinaires sur le rôle des Universités à s’adapter aux exigences  de la globalisation, et malgré les contraintes institutionnelles auxquelles sont confrontées ces Universités, la Commission Nationale Libanaise pour l’UNESCO avec la participation des Universités Libanaises concernées, essaie d’évaluer les capacités des  institutions d’éducation supérieures au Liban à répondre aux défis actuels et futurs dans le cadre du processus de la mondialisation. Il est clair qu’on ne peut plus dissocier ces institutions des récents développements technologiques et scientifiques, et par conséquent, elles deviennent les lieux du progrès et de la diffusion des connaissances, les moteurs du développement économique et social, sur la scène internationale. Ceci exige des diplômés d’être capables de survivre dans un environnement de compétition changeant en fonction des besoins de l’offre et de la demande du marché. Ce changement est le plus souvent,  plus rapide que celui des programmes de formation et des standards de compétences, ce qui nécessite une qualité d’adaptation dépassant actuellement le bagage acquis durant leurs apprentissages académiques.

            Ceci nous conduit impérativement à la question principale :

«  Quelle éducation supérieure scientifique implique ce nouveau processus de mondialisation ? »

Pour répondre à cette grande question, nous allons tenter de résumer les principales idées des différentes interventions avancées durant ces deux jours concernant les points essentiels, à savoir :

 

1- L’état des méthodes d’enseignement des sciences, leurs qualités et leurs     capacités à s’adapter aux nouveaux défis.

2- Les implications de cet enseignement avec les exigences du marché, et la recherche  scientifique et ses aboutissements.

3- La dimension éthique et intellectuelle.

 

L’état des méthodes d’enseignement des sciences, leurs qualités, et leurs capacités à s’adapter aux nouveaux défis.

 

En général, les programmes de formations proposés dans les institutions d’éducation scientifique présentent une structure traditionnelle de l’enseignement scientifique, avec une faible préoccupation quand à la fonction, et au développement de cet enseignement. L’important de la formation est dirigé vers la réussite de l’examen plutôt que sur l’acquisition du savoir et de son assimilation et par la suite son application au quotidien. Cette constatation engendre la conclusion simple et directe que l’exercice de la synthèse de la connaissance scientifique est absent. Cette constatation s’applique aussi à l’enseignement scientifique pré universitaire, puisqu’il n’existe aucun mécanisme de coordination entre les programmes de formation scientifique universitaire et ceux du secondaire.  Une recherche sérieuse sur les pratiques d’un enseignement de qualité et de ces exigences devient urgente.

Par ailleurs l’intégration d’un enseignement des nouvelles technologies (ICT) est largement recommandée en sciences, puisque nos étudiants sont confrontés quotidiennement aux techniques modernes de l’information et de la communication. Par conséquent, les méthodes et techniques d’apprentissage et leurs interrelations avec ces nouvelles technologies doivent être optimisées de façon à intéresser les étudiants aux  avantages de cet apprentissage. Le but n’est point la rapidité dans l’apprentissage mais  plutôt faciliter la manipulation des différents paramètres, l’aide aux résolutions des différents problèmes survenus, ainsi que la simulation des phénomènes expérimentaux  et la formulation de nouvelles données ou modèles avec la précision  requise. L’Internet fournit aux étudiants et aux enseignants une plateforme de communication sans pareil.

D’un autre côté, peu d’institutions éducatives font participer leurs étudiants à la recherche,  puisque cette recherche scientifique est rare au Liban. La participation des étudiants à des projets de recherche leur permettrait de mettre à profit leurs acquisitions théoriques et faciliterait l’assimilation et la synthèse de ces acquisitions scientifiques. Nos étudiants doivent  réaliser que l’enseignement scientifique n’est pas une simple diffusion des informations et des connaissances. C’est là que s’acquièrent les compétences et le goût pour le travail scientifique. Apparemment la désaffection de nos jeunes trouverait sa source dans les déficiences de l’apprentissage scientifique en pré universitaire.

Toutes ces nouvelles technologies, ainsi que la recherche scientifique exigent de la part des institutions éducatives la possession de ressources financières et humaines nécessaires à leur implantation, situation qui n’est pas évidente dans l’état actuel de la situation générale du pays.

À côté de ces engagements concernant les méthodes d’enseignement, se présente la question de l’évaluation du système d’enseignement. Les critères d’évaluation de l’enseignement sont très variés voir absente dans certains cas. Actuellement la valeur d’un enseignement scientifique, ou d’un diplôme se base sur les évaluations du marché avec ce que cette évaluation implique souvent comme ingérences externes.   Il est peu être temps qu’un système d’accréditation voit le jour. Or la mise en place d’un tel système requière un processus qui consiste à s’auto- évaluer et à se faire réévaluer par des tierces d’autres institutions équivalentes. L’avantage de cette acrobatie fastidieuse se situe à deux niveaux, le premier, est d’améliorer la qualité de l’enseignement des sciences et surtout de sauvegarder son autonomie et sa liberté en tant qu’institution d’enseignement supérieure des interventions extérieures non académiques. Le second est la documentation des procédures adoptées dans l’enseignement scientifiques qui préciserons clairement les objectifs de cet enseignement, les moyens disponibles pour atteindre ces objectifs, et les techniques et moyens utilisés pour vérifier et valider les résultats.     

 

Les implications de cet enseignement avec les exigences du marché, et la recherche  scientifique et ses aboutissements.

 

Au temps où le développement technologique était lent, les prévisions des besoins du marché se faisaient avec des risques acceptables. Dans la situation actuelle avec l’évolution exponentielle des nouvelles technologies, il est quasi impossible de prédire les futurs besoins de notre société. Il est demandé des universités de s’adapter au monde qui les entoure bien quelles soient prises dans un nombre de contraintes rendant difficile leur évolution. Parmi ces contraintes, la définition des disciplines, avec ce que ceci présente comme difficulté à adapter les programmes dans un contexte où tout est en évolution galopante. Une des sorties de secours pour les facultés scientifiques serait l’institutionnalisation de partenariats entre le secteur académique et les acteurs sociaux. Le mécanisme d’une telle approche n’est pas évident à trouver ni facile à mettre en application, vu les divergences dans les objectifs et dans les intérêts des parties concernées, ainsi que l’absence de telle culture dans notre système éducatif.

Par ailleurs, la définition, la gestion et le pilotage d’un système d’enseignement supérieur et de recherche scientifique, implique la mobilisation de ressources importantes. De ce fait, Il n’est point une exagération  de constater que les relations entre les différents établissements scientifiques sont quasi absentes, et si elles existent il s’agit de relations personnelles de professeurs. La raison majeure de l’absence de collaboration scientifique est difficile à définir bien que pour certains, ceci revient à l’esprit de compétition qui règne entre ces établissements, faisant allusion au fait que leurs budgets de fonctionnement proviennent essentiellement des scolarités des étudiants.

 

La dimension éthique et intellectuelle.

 

La question de l’éthique devient un paramètre important dans les sociétés modernes. Nous sommes bien entendu en train de considérer les recherches scientifiques et technologiques qui peuvent avoir un impact néfaste sur les valeurs sociales et philosophiques de notre société .C’est une question délicate qui ne concerne pas seulement les scientifiques ou les enseignants mais bien évident toutes les disciplines. Au Liban cette question n’a pas pris l’envergure qu’elle a en Europe ou ailleurs, cependant, certaines pratiques commencent à montrer qu’il est temps de considérer cet aspect de la dimension éthique de la recherche.

            Cette réflexion peut envisager une révision de nos programmes d’enseignement scientifique pour nous rendre compte du manque des options à caractère humanitaire et social dans les cursus qui composent nos programmes d’enseignement scientifiques. L’étudiant des sciences doit pouvoir choisir des options autres que les formations scientifiques et dans le même sens, les étudiants en sciences humaines, doivent connaître plus ce qu’est les sciences même de façon simplifiée. Le but principal reste  sans ambiguïté à trouver des réponses aux questions se rattachant  à l’homme, et les phénomènes qui l’entourent.

 

 

 

 

En Conclusion

 

En conclusion, je suis sûre que ces quelques réflexions avancées durant les deux jours passés ont posés plus de questionnement sur la situation de l’enseignement des sciences au Liban qu’elles n’ont avancés de réponses. En effet, nous sommes conscients de l’envergure de la problématique qu’est l’état de l’enseignement des sciences au Liban, par conséquent  nous avons voulu lancer un cri d’alarme en attirant l’attention sur notre situation actuelle, plutôt que de présenter une série de recommandations sur les thèmes débattus qui à notre avis n’aboutirons jamais. L’éducation scientifique dans un contexte de cinquante trois institutions scientifiques et universitaires, et l’absence de politique éducative nationale au Liban exigent une révision de  nos choix face au processus de mondialisation et à l’évolution rapide des nouvelles technologies. Dans cette nouvelle ère de la globalisation, l’Université est devenu un acteur fondamental de l’avancement de la société, et par conséquent, notre politique exige de mettre en œuvre tous les moyens disponibles et nécessaires pour qu’elles évoluent dans le sens qui leur permette de participer au développement économique et social du pays, avec le devoir et la mission fondamentale qu’elles ont d’assurer la formation et le développement de nouvelles connaissances.

En fin, je remercie tous ceux qui ont pris part à cette Conférence, les universités et leurs présidents, nos invités des États-Unis, d’Europe et d’ailleurs, et nos éminents professeurs.

 

MERCI pour votre attention…